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Centrales nucléaires : broyeurs à poissons.

Quand il s’agit de parler des facteurs qui impactent le plus fortement les espèces aquatiques, en particulier les poissons migrateurs, les premières causes qui viennent en tête sont en général les barrages, la surpêche et la perte des habitats. Mais d’autres ouvrages ont également des conséquences désastreuses sur nos milieux aquatiques, il s’agit des centrales nucléaires.

Ces dernières sont toujours construites au bord des fleuves, qui permettent de fournir l’eau nécessaire au refroidissement des réacteurs.

Prenons le cas de la centrale du Blayais, située le long de l’estuaire de la Gironde, près de Bordeaux. Cette dernière a besoin, pour refroidir ses 4 réacteurs, de la bagatelle de 160 m3 d’eau par seconde, ce qui représente par exemple le débit moyen de la Seine au cœur de Paris.

Les problèmes liés à ce pompage sont nombreux, les eaux qui sont ensuite recrachées sont plus chaudes ce qui provoque une hausse de la température moyenne des fleuves et rivières avec toutes les conséquences qui s’ensuivent. L’autre problème bien moins connu, c’est que les turbines qui pompent ces grandes quantités d’eau aspirent également tout ce qui y vit, les poissons en tête…

Dans un article de Médiapart publié en août 2020 dont voici le lien (

https://www.esperanza21.org/.../Biodiv_nucleaire%20...) , le cas de la centrale du Blayais est évoqué, et les chiffres révélés font froid dans le dos… Chaque année, cette centrale « avale » quelque 540 tonnes d’organismes parmi lesquels de nombreuses espèces en danger d’extinction comme l’alose, l’anguille ou l’éperlan. Voici certains chiffres détaillés : une centaine de kilos de grande Alose (espèce classée « en danger critique d’extinction » par l’UICN), presque 1 tonne d’aloses feintes (espèce « quasi menacée »), il y a déjà là la preuve d’un impact non négligeable sur des espèces aussi vulnérables.

Mais le pire concerne les 8,8 tonnes d’aloses non identifiées car trop jeunes. Il s’agit donc d’alosons aspirés lors de la dévalaison pour rejoindre la mer et y grandir. Un aloson au moment de la dévalaison mesure entre 5 et 10 cm pour un poids d’une dizaine de grammes seulement. On parle donc là d’environ 880 000 jeunes aloses qui finissent broyées par les turbines chaque année, un véritable massacre quand on sait que seulement 2600 aloses ont réussi à attendre le barrage de Tuilières sur la rivière Dordogne et seulement 400 le barrage de Golfech sur la Garonne cette année.

Le cas de la civelle est édifiant également puisque EDF se targuait en 2011 que moins de 2% des quotas de civelles autorisés à la pêche commerciale étaient aspirés par la centrale du Blayais : « Il est possible de conclure que l’impact des prélèvements d’eau sur les anguilles est limité », selon EDF. Les quotas de pêche de civelle en France en 2011 étaient proches des 60 tonnes, donc plus de 1 tonne de civelles est détruite par la centrale chaque année, ce qui représente environ 3 000 000 de jeunes anguilles…

Certains pays comme le Royaume-Uni, notamment, ont depuis longtemps pris conscience du problème, mais une fois de plus la France fait figure de très mauvaise élève en la matière, bien loin de ses beaux discours en matière d’écologie.

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