Rechercher
  • maigre40

Le saumon et le Covid

Mis à jour : 29 sept. 2020

Le prix de vente en criée du saumon atlantique pêché dans l'Adour suit une évolution décroissante au fur et à mesure que la saison avance. Les premiers saumons capturés sont de gros géniteurs essentiels, souvent de précieuses femelles, qui n'auraient jamais dû être arrachées à la rivière au lieu d'être échangées en 1ère vente pour des sommes de l'ordre de 70-80 €/kg. Les principaux intervenants qui soutiennent ce marché sont les restaurants et les transformateurs. Ces derniers sont capables de multiplier le prix final par 4 ou 5 en fin d'année. Au fur et à mesure que la saison avance, le prix diminue avec la taille jusqu'à 20-30 € / kg en juin et juillet, même si, dans toutes les affaires de prix, la réalité est plus complexe. Voici l'exemple des prix du saumon de la criée de Saint-Jean-de-Luz en 2017.


L'observation des prix pendant le confinement de la pandémie ne montre pas un effondrement généralisé, comme on voudrait nous le faire croire. Le saumon fait partie de ces quelques espèces pour lesquelles des consommateurs consentent des prix indécents. C'est le scandale des marchés de niche, où une minorité très fortunée fait vivre une autre minorité très opportuniste, dans le mépris complet des enjeux environnementaux et des engagements communautaires, avec la bienveillance d'une administration qui pointe aux abonnés absents.


Si la situation générale sur le marché est globalement dégradée, sur l'eau le confinement est une aubaine pour certains pêcheurs en terme d'impunité. Cette situation inédite révèle au grand jour la gravité de l'impact de ces pêches incapables d'être sélectives comme les filets maillants. Depuis le 1er janvier 2019, l'obligation de débarquement s'applique à toutes les espèces soumises à un quota dans le Golfe de Gascogne. La pratique amorale du « High Grading » qui consiste à rejeter en mer une pêche moins rentable que celle que l'on remonte dans le dernier filet est donc aussi illégale. Ces jours-ci, elle se généralise sous la pression de la fluctuation des prix et de l'absence de contrôle encore plus spectaculaire que d'habitude.


Pour le saumon, la conjugaison du marché de niche avec le confinement créé une extraordinaire incitation qui multiplie en ce moment même les filets droits côtiers en quête de quelques migrateurs. La pêche devient plus que jamais un jeu payant, où l'on peut espérer le gros lot.


En corollaire, ces zones « sanctuaires » que sont à la fois les nourriceries côtières de nos océans et le corridor migratoire des migrateurs anadromes sont aujourd'hui plus que jamais exploitées, alors que bien d'autres pays les protègent scrupuleusement. En Norvège, les filets droits côtiers sont saisis et brûlés, les contrevenants pénalement responsables. Aux USA, les filets sont interdits dans les 6 MN et c'est la prison en 1er jugement dans certains États.


Tous les pêcheurs responsables devraient promouvoir cette idée de bande marine sans filet sur au moins les 2 premiers milles nautiques, le dernier espoir pour sauver nos côtes et la pêche côtière.



L'État français lui, n'a pas davantage l'intention de changer de paradigme que d'offrir des masques aux Français : tout cela est cousu de fil blanc, et reflète les intentions d'une minorité qui fait fi de l'intérêt général avec, dans le cas du Covid, un machiavélisme insoupçonné.

9 vues0 commentaire